La Villard-de-Lans, ou villarde
Origine de la race
La Villard-de-Lans (ou Villarde) est une race bovine française originaire des alentours de la ville de Villard-de-Lans, dans le massif du Vercors (Préalpes françaises).
Elle est reconnaissable à sa robe froment unie et a longtemps été utilisée pour les travaux agricoles, la production laitière et la viande.
Son déclin a commencé après la Seconde Guerre mondiale, en raison de la spécialisation des races bovines.
Depuis les années 1970, un programme de sauvegarde a permis une lente remontée des effectifs.
Aujourd’hui, elle est principalement utilisée pour sa production laitière et fait partie des races autorisées pour la production du fromage AOC Bleu du Vercors-Sassenage.
Origines et formation
Origine controversée :
- Certains la rapprochent de la race Mézine (aujourd’hui disparue) et des races du Massif central, ce qui en ferait la dernière représentante de la branche des blondes du Sud-Est, apparentée au rameau blond et rouge largement représenté dans le Sud de l’Europe.
- D’autres la rapprochent des animaux du rameau jurassique, voire de croisements entre des bovins du rameau jurassique et des bovins des Alpes.
Consensus : La race s’est homogénéisée dans le Nord du Vercors, un massif des Alpes du Sud, où elle porte le nom de sa principale ville.
XVIIIe siècle : L’élevage bovin est bien présent dans le Vercors, notamment dans le canton de Villard-de-Lans.
- 1748 : 260 bœufs et 576 vaches recensés.
- 1809 : 1 603 vaches (contre 402 en 1748) dans les communes de Villard-de-Lans, Lans-en-Vercors et Méaudre.
- Raison : Production laitière importante dans le canton, moins enclavé que le sud du massif.
1832 : Première mention de la race par un vétérinaire de Grenoble, qui observe des bovins aux caractéristiques similaires regroupés dans l’ancien canton de Villard-de-Lans.
1862 : Demande de reconnaissance officielle.
1863-1864 : Reconnaissance officielle après consultation d’experts de l’École nationale vétérinaire de Lyon.
Essor (XIXe – début XXe siècle)
- Contexte : Le développement de l’agglomération grenobloise crée une demande croissante en viande et produits laitiers, issus des cantons ruraux comme celui de Villard-de-Lans.
- Conséquence : La production bovine supplante les ovins et caprins, accusés de causer l’érosion et la disparition des forêts.
- Création de fruitières pour transformer la production laitière.
- 1864 : 153 Villard-de-Lans présentées au concours régional de Grenoble (sur 420 animaux).
- 1895 : Ouverture des portes du concours national de Paris.
- 1912 : Section spéciale au concours national de Paris.
- 1894-1914 : Concours spécial de la race à Grenoble.
- 1943 : Apogée avec 15 000 têtes, dont 7 000 animaux dans le canton de Villard-de-Lans.
Déclin (après 1945)
Seconde Guerre mondiale :
- Répression allemande contre les maquisards du Vercors (été 1944).
- 2 700 animaux (soit 25 % du cheptel de la région) volés ou abattus par les Allemands.
- Destruction des stocks et récoltes → Réduction des cheptels.
- Introduction de Simmentals pour compenser les pertes, mais peu appréciés par les éleveurs locaux.
Mécanisation agricole :
- Années 1950 : Les chevaux remplacent partiellement les vaches pour la traction, sans menacer la race.
- Années 1960 : Les tracteurs rendent les vaches de trait obsolètes.
- Spécialisation des races : La Villard-de-Lans, non spécialisée (ni lait ni viande), perd l’intérêt des autorités, qui privilégient des races productives et standardisées.
- Conséquences :
- Plus d’aides pour la race.
- Taureaux non agréés pour l’insémination artificielle.
- Déclin rapide des effectifs.
- Conséquences :
1968 : 1 000 vaches Villard-de-Lans seulement.
Années 1960 : Tentative d’intégration au herd-book de la Blonde d’Aquitaine (race proche phénotypiquement), mais les croisements aboutissent à une absorption progressive de la Villard-de-Lans. Cette tentative est finalement abandonnée.
Sauvegarde (depuis 1976)
- 1976 : Les pouvoirs publics s’intéressent à nouveau à la race, alors qu’il ne reste qu’une cinquantaine d’animaux.
- Recensement par l’Institut Technique de l’Élevage Bovin (ITEB), devenu Institut de l’Élevage.
- 1978 : Création du livre généalogique.
- Années 1980 : Stagnation des effectifs (136 vaches-mères en 1990), période de transition (rajeunissement du troupeau, arrêt de certains éleveurs âgés).
- Années 1990 : Redémarrage des effectifs grâce aux efforts de conservation.
- 2004 : 800 animaux, dont 202 vaches et 80 taureaux inscrits.
- 80 % des femelles reproduisent en race pure.
- Aujourd’hui : La Villard-de-Lans est autorisée pour la production du Bleu du Vercors-Sassenage AOC.
Morphologie
La Villard-de-Lans est décrite dès 1832 comme une « vache taillée en force, bonne laitière, d’une taille très avantageuse, très bonne aussi pour la charrue », avec :
- Un corps bien conformé.
- Un abdomen spacieux.
- Un bassin bien développé.
- Un pis très volumineux.
- Un fanon très ample.
Standard de 1914 (concours spécial de Grenoble) :
- Robe : Uniformément froment, de nuance moyenne, exempte de poils blancs et noirs.
- Muqueuses (mufle, bouche, anus, vulve) : Intégralement roses, sans tache noire.
- Cornes : Bien placées, fines, blanchâtres, légèrement retroussées et un peu plus foncées vers l’extrémité, dirigées latéralement.
- Chignon développé.
- Front plan ou à peine sillonné d’une légère dépression.
- Chanfrein droit, plutôt déprimé que busqué.
- Encolure longue et dégagée.
- Côte un peu plate.
- Dos horizontal, moyennement large.
- Reins très larges.
- Culotte descendue, non proéminente.
- Attache de la queue un peu saillante.
- Membres forts, sains, plutôt longs que courts.
- Bons aplombs.
- Ossature puissante.
- Peau souple.
- Marques laitières moyennes (écusson des doubles lisières, courbe-lignes, flandrines).
- Taille : Assez grande et au-dessus de la moyenne.
Une race à triple aptitude : lait, viande, travail
Historique : Triple vocation (lait, viande, travail).
Travail :
- Seul moyen de traction animale dans le canton de Villard-de-Lans au XIXe siècle.
- Vaches utilisées pour les travaux des champs et le débardage (exploitation du bois).
- Préparation précoce des génisses pour le travail.
- Mâles vendus dans les plaines pour les travaux des champs avant d’être engraissés vers 4-5 ans.
- Résistance : L’arrivée des chevaux (années 1930) ne suffit pas à remplacer les vaches.
- Déclin : L’arrivée massive des tracteurs (années 1950) rend les vaches de trait obsolètes.
Production laitière :
- 1864 : 1 500 litres de lait par lactation.
- Années 1920 : 1 800 litres en moyenne (étude sur 24 animaux), avec 5 animaux dépassant 3 000 litres.
- Aujourd’hui : ~2 500 litres de lait par lactation (faible comparé aux races laitières spécialisées, mais adapté aux conditions difficiles).
- Taux butyreux : 41 g/l.
- Taux protéique : 32 g/l → Bonne proportion pour la fabrication fromagère.
- Fromage : Bleu du Vercors-Sassenage AOC (la Villard-de-Lans est l’une des races autorisées).
- Sélection laitière : Certaines familles de Villard-de-Lans produisent des quantités intéressantes de lait (jusqu’à 7 000 litres en une lactation).
Production de viande :
- 1864 : Rendement en viande supérieur à d’autres races locales (Fribourgeoise, Schwytz, Tarentaise) :
- 55 à 56 % (contre 53 % en moyenne pour les autres races).
- Engraissement facile.
- 1929 : Rendements améliorés par la sélection :
- 60 à 64 % pour les bœufs.
- 57 à 60 % pour les génisses.
- 52 à 54 % pour les vaches de réforme.
- Viande réputée : Fibres musculaires fines, très appréciée des bouchers de la région.
- Aujourd’hui :
- Veaux de lait : Réputés pour leur qualité gustative.
- Croissance honorable :
- 161 kg à 120 jours.
- 232 kg à 210 jours (contre 178 kg et 292 kg pour des Charolais).
- Rendement carcasse : 60 à 65 % pour les animaux de réforme.
- 1864 : Rendement en viande supérieur à d’autres races locales (Fribourgeoise, Schwytz, Tarentaise) :
Rusticité
- Adaptation au massif du Vercors : Environnement de toujours, peu sensible aux maladies.
- Résistance : Bien adaptée aux conditions difficiles (climat, alimentation).
Amélioration au XIXe siècle
- Conseil général de l’Isère : Subventions pour l’importation de taureaux Salers et Suisses (années 1830-1850).
- Abandon rapide des Suisses (trop exigeants en nourriture).
- Peu de succès : Seulement 2 taureaux pris en charge dans la région de Villard-de-Lans.
- 1864 : Officialisation de la race → Volonté de travailler en race pure.
- Concours annuel avec récompenses (2 000 F du Conseil général de l’Isère + 1 000 F de l’État).
- 1875 : Création d’une station d’élevage dédiée à l’amélioration de la race Villard-de-Lans et des méthodes d’élevage dans la région.
- Sélection sévère sur les animaux → Affinement du standard.
Programme de conservation (depuis 1976)
Organismes impliqués :
- UPRA Blonde d’Aquitaine.
- Parc du Vercors.
- Chambre d’Agriculture de l’Isère.
- Union des Coopératives d’Élevage et d’Insémination de la région Alpes-Rhône (UCEAR).
- Insémination artificielle du bassin grenoblois.
- ITEB (devenu Institut de l’Élevage).
- EDE de l’Isère.
- Centre Technique du Génie Rural des Eaux et Forêts (CTGREF).
Mesures principales :
- Prélèvements et conservation de semences de taureaux Villard-de-Lans.
- Maintien d’une base de femelles reproductrices via des contrats avec des éleveurs.
- Avantages pour les éleveurs :
- Prise en charge des frais d’insémination artificielle et de contrôle laitier.
- Appui technique pour la gestion des plans d’accouplement et du troupeau.
- Avantages pour les éleveurs :
- Financement :
- État : 30 000 F (jusqu’en 1983).
- FIDAR (Fonds Interministériel de Développement et d’Aménagement Rural) : 38 000 F en 1983.
Inventaire des animaux :
- Principales zones : Massif du Vercors (éleveurs fidèles), Massif du Grésivaudan (souvent croisés avec des Charolais), régions avoisinantes.
- Pas de plan d’accouplement strict imposé aux éleveurs (pour éviter de les démobiliser).
- Seul l’accouplement des mères à taureaux est planifié.
Conservation de semence :
- Problème initial : Faible nombre de mâles → Difficulté à opérer une sélection rigoureuse.
- Solution : Accouplement des mâles avec des vaches âgées, à l’ascendance bien connue, parfois issues de troupeaux de race pure → Obtention d’animaux conformes au standard.
Organisme de sélection commun :
- Géré avec 12 autres races locales à petits effectifs (Armoricaine, Béarnaise, Bordelaise, Bretonne Pie Noir, Aure-et-Saint-Girons, Ferrandaise, Froment du Léon, Lourdaise, Maraîchine, Mirandaise, Nantaise, Saosnoise).
- Gestion confiée à l’Institut de l’Élevage, mais le bureau est constitué d’éleveurs des races concernées.
- 2010 : Présentation des 13 races au Salon de l’Agriculture de Paris.
Élevage
- Majorité des éleveurs détiennent aussi des animaux d’autres races → Troupeaux mixtes.
- 25 % des élevages en race pure.
- Petits troupeaux : Généralement moins de 5 animaux.
- Systèmes d’élevage :
- Traditionnels : Alimentation à base de foin, stabulation entravée.
- 20 % des éleveurs traient leurs animaux (production laitière).
- 80 % en système allaitant (production de viande).
- Valorisation : Vente directe, surtout en zone périurbaine.
Répartition
- Berceau : Région des « Quatre Montagnes » (ou « Montagnes de Lans »), au nord du massif du Vercors (Isère) :
- Villard-de-Lans, Lans-en-Vercors, Méaudre, Autrans, Corrençon-en-Vercors.
- Extension historique :
- Fin XIXe siècle : Région de Grenoble, rives de la Bièvre, vallons de Saint-Geoire-en-Valdaine et Pont-de-Beauvoisin, plaine lyonnaise et sous-viennoise.
- Entre-deux-guerres : Vercors drômois, régions de Valence et Romans, Ardèche, Loire.
- Exportations : Bresse (amélioration du bétail local), Tarn, Haute-Garonne (comme animal de trait).
- Aujourd’hui :
- 50 Villardes dans son berceau d’origine (15 % du cheptel).
- 86 % du cheptel en Rhône-Alpes :
- Isère : 60 % des animaux.
- Drôme : 26 % des animaux.
- 22 vaches en Allemagne.
La Villard-de-Lans dans la culture locale
Symbole du Vercors
- Sauvegarde : Permise par quelques éleveurs passionnés ayant conservé des vaches de cette race emblématique du Vercors.
- Association avec le Bleu du Vercors-Sassenage : Fromage AOC promu par la race.
Statue « Sisymbre et Flavie »
- 2015 : Le conseil municipal de Villard-de-Lans (maire : Chantal Carlioz) commande au sculpteur Serge Lombard un ensemble statuaire en l’honneur de la Villarde.
- Emplacement : Rond-point de Bréduire, à l’entrée de Villard-de-Lans (route de Choranche et des Gorges de la Bourne).
- Inauguration : 3 août 2015.
- Sisymbre : Vache adulte (nom inspiré de la pierre locale).
- Flavie : Vachette ajoutée quelques jours plus tard.
- Matériau : Calcaire urgonien du Vercors (pierre locale datant de la fin de l’époque glaciaire).
Philatélie
- 2014 : Timbre émis par La Poste à l’occasion du Salon de l’Agriculture de Paris.
- Valeur faciale : 0,61 € (tarif « lettre verte » pour 20 g).
- Émission : 22 février 2014, vente générale à partir du 3 mars 2014.
- Tirage : 3 500 000 exemplaires.
- Conception : Mathilde Laurent.
- Célébration officielle : 7 mars 2014 à Villard-de-Lans, en présence du conseil municipal, de l’Association pour la réhabilitation et la relance de la race bovine Villard-de-Lans et de l’Association philatélique du plateau.
- Collection : « Les vaches de nos régions ».
Enjeux actuels
- Maintien de la race : Éviter la consanguinité dans une population encore limitée.
- Valorisation économique :
- Lait : Bleu du Vercors-Sassenage AOC, vente directe.
- Viande : Veaux de lait réputés, rendement carcasse élevé.
- Adaptation aux défis modernes :
- Systèmes d’élevage traditionnels (pâturage, rusticité).
- Circuits courts et vente directe.
- Préservation du patrimoine :
- Race emblématique du Vercors.
- Symbole de la résistance des éleveurs face à la disparition des races locales.




