Origine de la race

La Lourdaise est une race bovine française à très faible effectif, originaire des Hautes-Pyrénées, plus précisément de l’arrondissement d’Argelès-Gazost (cantons de Lourdes et du Lavedan). Elle fait partie du rameau blond du Sud-Ouest, caractérisé par :

  • Muqueuses claires (mufle, muqueuse oculaire, zone anogénitale).
  • Robe unie avec des zones de dilution autour des yeux, du mufle et sur les parties déclives, de couleur froment clair à foncé ou rousse.
 

Ce rameau inclut également la Limousine, la Blonde d’Aquitaine, la Bazadaise, et deux autres races à faible effectif : la Lourdaise et la Béarnaise.

Origine et aire d’élevage
  • Berceau : Lourdes et Lavedan (Hautes-Pyrénées).
  • Extension : Vallée et plaine de l’Adour, Haut-Adour, jusqu’au Col d’Aspin (où elle côtoyait la Casta) et la plaine au nord de Tarbes.
  • Effectifs :
    • 1920 : 28 000 vaches (selon Paul Diffloth).
    • 1934 :
      • Taureaux : 221.
      • Bœufs : 379.
      • Vaches : 20 820.
      • Élèves de plus d’1 an : 4 630.
      • Élèves de moins d’1 an : 3 948.

Déclin (années 1960)
  • Facteurs :
    • Abandon de la traction bovine.
    • Arrivée de races spécialisées :
    • Interdiction de la monte publique pour la Lourdaise.
    • Absence d’accès à l’insémination artificielle.
    • Prophylaxie de la brucellose et de la tuberculose (abattages nombreux).
  • Conséquence : Quelques dizaines d’individus au début des années 1970.

Sauvegarde et renaissance

Années 1970 : Action de Pierre Correge

  • Pierre Correge (jeune enseignant de Bagnères-de-Bigorre, puis chargé de mission pour la chaîne des Pyrénées) constitue un troupeau avec :
    • 1 taureau (Marti), acheté à Germs-sur-l’Oussouet.
    • 10 vaches hors d’âge, sauvées avant abattage.
  • 1978 : Recensement des derniers animaux des races Béarnaise, Casta et Lourdaise, financé par le FIDAR (Fonds Interministériel de Développement et d’Aménagement Rural) via le Parc national des Pyrénées.
    • Problème : Certains animaux ont été oubliés ou négligés, ce qui a affecté la qualité de la base génétique actuelle.
    • Difficultés : Beaucoup de vaches étaient trop âgées pour se reproduire, et l’insémination artificielle a été mise en place tardivement.
    • Conséquence : La population femelle a chuté à une vingtaine de sujets.

Lignées mâles

  • Marti a eu deux fils :
    • Omar (en insémination artificielle).
    • Pregoundito.
  • 1982 : Omar et Rolesqui (fils de Pregoundito) sont confiés à l’Union de Coopératives d’Insémination Artificielle MIDATEST pour y être collectés.
  • Aujourd’hui : Une quinzaine de taureaux à l’origine des doses de semence disponibles.

Livre généalogique et suivi

  • 1980 : Création d’un fichier des animaux, reconnu comme livre généalogique de la race, tenu par l’Institut de l’Élevage.
  • Mise à jour annuelle de la liste des propriétaires et animaux.

Évolution des effectifs

  • 1983 : 30 vaches.
  • 2007 : 259 femelles (dont 183 vaches) chez 44 propriétaires.
  • 2008 : 303 femelles, 48 propriétaires.
  • 2014 : Création de l’ANRBL (Association Nationale de la Race Bovine Lourdaise).
  • 2018 : Quelques vaches en production laitière (vente directe de lait en poche), d’autres préparées pour la production fromagère.

Projets récents

  • Projet de la ville de Lourdes : Implantation d’un petit élevage de vaches Lourdaise près du Lac de Lourdes (site en rénovation, ferme Balloum).
  • 2018 : 4 vaches Lourdaises participent à l’entretien de l’espace sensible (zone humide du Lac de Lourdes).

Morphologie

La Lourdaise est une vache de taille et format moyens :

  • Femelles : 125 à 135 cm au garrot, 600 à 650 kg.
  • Robe : Froment blond, très clair à crème, parfois tirant sur le blanc sous l’effet des gènes de dilution.
    • Veaux culards (gène mh/mh) parfois observés (présence du gène Q204X, comme chez le Charolais).
  • Cornes : Longues, en lyre.
  • Muqueuses (mufle et muqueuse anogénitale) : Non pigmentées (claires).

 

Production laitière
  • Historique : La Lourdaise était réputée comme la meilleure laitière du Sud-Ouest (hors la Bordelaise, race laitière spécialisée).
  • Production :
    • 15 litres/jour en début de lactation (durée pouvant atteindre 300 jours).
    • Lactation totale : 2 000 à 3 800 litres (selon les conditions d’élevage).
  • Utilisation :
    • Approvisionnement urbain (Lourdes, Argelès-Gazost).
    • Fabrication fermière de beurre ou de fromage mixte (avec le lait de la brebis Lourdaise).
  • Aujourd’hui : Quelques vaches en production laitière (vente directe de lait en poche), d’autres en préparation pour la production fromagère.

Production de viande
  • Veaux de boucherie : Estimés, mais les mâles étaient moins utilisés pour le travail (jugés un peu mous).
  • Croisements : Depuis les années 1960, croisements avec Limousine ou Blonde d’Aquitaine pour améliorer la conformation.
    • Âge d’abattage historique : 8 à 10 semaines (veaux laitiers).
    • Âge d’abattage actuel : 3 à 4 mois (veaux sous la mère).
  • Qualités bouchères : Mères appréciées pour la production de veaux de boucherie.

Travail
  • Réputée pour son calme, sa docilité et sa facilité de dressage.
  • Utilisation : Traction (bien que peu compatible avec la production laitière).

Ancien système d’exploitation
  • Rusticité : Valorisation des ressources végétales naturelles (prairies, landes, serres à ajoncs et fougères).
  • Hiver (octobre à mars) :
    • Stabulation entravée (zone montagneuse).
    • Demi-stabulation (zones de coteaux et plaines), avec pâturage diurne et nuit à l’étable.
  • Été :
    • Estive pour les vaches des zones montagneuses (sauf celles gardées pour le travail ou l’allaitement des veaux).
    • Pâturage avec gardiennage (zones de coteaux et plaines), traite du soir et du matin, allaitement des veaux 2 à 3 fois par jour.

Sélection
  • 1892 : Création de concours cantonaux avec primes pour les bons reproducteurs mâles, souvent utilisés en monte publique.
  • Concours spéciaux : Contribuent à fixer le type morphologique sur la base d’un standard.
  • Livre généalogique : Institué vers 1900, mais cessé de fonctionner avant la Première Guerre mondiale.
  • Concours cantonaux : Poursuivis (ex. : Concours cantonal d’Argelès-Gazost, organisé par la Société Fruitière d’Argelès-Gazost).

La Lourdaise dans la culture locale
  • Race identitaire du pays de Lourdes, au même titre que la brebis Lourdaise.
  • Fête de la vache et de la brebis Lourdaise : 5 et 6 septembre 2015 à Aspin-en-Lavedan.
  • Photographie : Jean Dieuzaide a magnifié la Lourdaise dans de très belles photographies de scènes rurales (années 1950, pays de Lourdes et Lavedan).

Enjeux actuels
  • Maintien de la race : Éviter la consanguinité dans une population encore réduite.
  • Valorisation économique :
    • Lait : Vente directe, fromage (potentiel à développer).
    • Viande : Veaux de boucherie, croisements pour améliorer la conformation.
  • Préservation du patrimoine :
    • Race emblématique des Hautes-Pyrénées.
    • Adaptation aux milieux difficiles (montagne, estive).
  • Projets :
    • Élevage conservatoire près du Lac de Lourdes.
    • Entretien des espaces sensibles (zones humides).