Origine de la race

La Ferrandaise est une race bovine française originaire de la chaîne des Puys, dans le sud-ouest du Puy-de-Dôme (Auvergne)

Elle doit son nom à la ville de Clermont-Ferrand

C’est une race mixte (lait et viande), reconnaissable à sa robe pie rouge, bien que des variantes pie noire (comme la Noire de Laqueuille) soient acceptées.

 
Historique et formation
  • XVIe siècle : Des sources mentionnent une race « auvergnate » peuplant les monts d’Auvergne.

  • 1860 : Première description dans La Connaissance du bœuf (Moll et Gayot) comme une « race de trait, lourde dans les parties antérieures et mince à l’arrière », avec une ossature développée et une membrure faite pour la fatigue.

  • Influences génétiques :

    • Montbéliarde : Peau claire et robe pie rouge.
    • Salers : Cornes en lyre.
    • Vosgienne : Robe « bregniée » (mouchetée, ligne dorsale blanche, traits rouges au-dessus des yeux).
  • Dénomination : Au XIXe siècle, elle est appelée selon les secteurs :

    • « Race de Rochefort », « Race de Latour », « Race de Pierre-sur-Haute », « Race de Limagne », « Forézienne », « Ferrande » ou « Ferrandine ».
Reconnaissance et apogée
  • 1899 : Premier pas vers la création du herd-book lors du congrès des Sociétés Agricoles du Puy-de-Dôme, avec une tentative d’uniformisation de la robe (seule la robe barrée et pie rouge est admise). Cette tentative échoue en raison de la diversité des robes.
  • 1905 : Création officielle du herd-book.
  • 1902 : Premier concours spécial de la race, reconduit annuellement.
  • 1906 : Section spéciale Ferrandaise au concours agricole de Paris.
  • 1907 : 150 000 animaux ferrandais, dont 120 000 dans le Puy-de-Dôme.
    • Approvisionnement en lait : 18 000 des 22 000 litres de lait consommés à Clermont-Ferrand proviennent de la Ferrandaise.
  • Entre-deux-guerres : 80 000 vaches reproductrices, peut-être 200 000 animaux au total.
  • 1945 : 110 syndicats d’élevage de la race.

Malgré son succès, la Ferrandaise reste en retrait par rapport à la Salers, réputée pour sa production laitière et sa conformation supérieures.

 
Déclin et renouveau

Déclin (années 1950-1980)

  • Années 1950 : Concurrence des races plus productives :
  • 1960 : La loi sur l’élevage favorise quelques races au détriment des autres. La Ferrandaise n’est pas admise pour l’insémination artificielle.
  • Mécanisation : Les tracteurs remplacent les bovins de trait, réduisant l’intérêt pour la Ferrandaise.
  • 1962 : 42 800 bovins recensés.
  • Années 1970-1980 : Quasi-disparition avec seulement 150 vaches.

Renaissance (depuis les années 1970)

  • 1977 : Création de l’Association de sauvegarde de la race bovine Ferrandaise.
  • Années 1980 : Recensement par l’Institut de l’Élevage et le Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne300 animaux identifiés, dont des vaches âgées.
  • 1978 : Premiers taureaux en insémination artificielle (Joli-Cœur).
  • 1981-1983 : Géranium, Vulcain 2, Pigeon rejoignent le centre d’insémination.
  • 2010 : 30 taureaux disponibles, 1 200 vaches, 60 taureaux en monte naturelle.
  • 2015 : 2 442 femelles (dont 1 672 vaches de plus de 2 ans), 336 éleveurs.
  • 2020 : 2 391 femelles.
  • 2023 : 3 998 femelles, 681 éleveurs.
 
Morphologie

La Ferrandaise est une vache de taille moyenne :

  • Femelles : 1,38 m au garrot, 650 kg.
  • Mâles : 1,45 m au garrot, 900 à 1 100 kg.

Caractéristiques distinctives :

  • Allure élégante et robuste, tête expressive.
  • Ligne dorsale concave, train arrière plus haut que l’avant.
  • Muqueuses claires.
  • Cornes en lyre basse, extrémité noire légèrement relevée.
  • Chanfrein droit, front court et large.
  • Dos large et rectiligne, côtes arquées, poitrine profonde.
  • Membres courts et solides.

Coloration de la robe

Trois types de robes sont reconnus :

  1. Robe barrée : Grandes taches irrégulières (comme la Montbéliarde). Tête rouge, front marqué d’une tache blanche triangulaire.
  2. Robe bregniée : Flancs mouchetés de rouge (ou noir), ligne du dos blanche, tête blanche légèrement mouchetée (surtout au niveau des joues et au-dessus des yeux). Rappelle la Vosgienne.
  3. Robe poudrée : Majoritairement blanche, avec quelques points colorés sur les flancs, le bas des pattes et les joues.

Poil : Variable (ras, bouclé, longueur variable).

 

Une race mixte : lait et viande
  • Production laitière :

    • 3 100 kg de lait en moyenne (73 animaux en contrôle laitier en 2006).
      • Taux protéique : 31,7 g/l.
      • Taux butyreux : 37,5 g/l (modeste comparé aux races laitières spécialisées, mais adapté aux conditions difficiles de montagne).
      • Lactations pouvant atteindre 6 000 litres.
    • Fromages : Son lait a servi à la fabrication de fromages d’Auvergne :
      • Fourme de Montbrison.
      • Fourme d’Ambert.
      • Bleu de Laqueuille.
      • Fourme de Rochefort.
      • Saint-Nectaire.
    • Avantage : Contrairement à la Salers, elle peut être traite sans la présence du veau.
  • Production de viande :

    • Gène culard présent chez 1 animal sur 3Amélioration de la conformation.
    • Veaux : Croissance rapide grâce au bon lait des vaches, viande blanche ou légèrement rosée (recherchée pour les veaux de boucherie).
    • Vaches de réforme et taurillons : Bonne conformation, ossature fineTrès bons rendements en viande.
    • Vaches de réforme : Source d’appoint non négligeable pour les éleveurs (mieux valorisées que les animaux laitiers spécialisés).
 
Rusticité
  • Adaptation à la montagne : Élevage en transhumance, alimentation exclusive de foin et d’herbe.
  • Résistance :
    • Capacité à mobiliser ses réserves en cas de sous-alimentation (hiver, sécheresse) et à les reconstituer rapidement.
    • Sabots dursMarche sur de longues distances et terrains difficiles, résistance à l’hivernage sur sol bétonné.
  • Fertilité et longévité : Vaches de 20 ans pas rares.
  • Facilité de vêlage.
  • Peu de besoins vétérinairesFrais réduits pour l’éleveur.
  • Caractère : Parfois vif, mais docile dans l’ensemble.
 
Élevage
  • Systèmes variés :
    • 25 % des élevages en race pure.
    • Majorité des éleveurs détiennent aussi des animaux d’autres races (troupeaux mixtes).
    • Petits troupeaux : Généralement moins de 5 animaux.
    • Alimentation : Principalement foin, herbages traditionnels.
    • Logement : Stabulation entravée.
  • Valorisation :
    • 20 % des éleveurs traient leurs animaux (lait).
    • 80 % en système allaitant (viande).
    • Vente directe fréquente, surtout en zone périurbaine.
 
Programme de conservation
  • 1977 : Plan de sauvegarde mis en place par :
    • Institut de l’Élevage.
    • Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne.
    • Association de sauvegarde de la race bovine Ferrandaise.
  • Objectifs :
    • Trouver des taureaux pour l’insémination artificielle avec une diversité génétique pour éviter la consanguinité.
    • Recensement et suivi de tous les animaux et éleveurs.
  • Résultats :
    • 2010 : 30 taureaux disponibles, 1 200 vaches, diversité génétique satisfaisante.
    • Depuis 1981 : Tous les animaux inscrits au livre généalogique.
  • Reconnaissance :
 
Diffusion
  • Berceau : Chaîne des Puys (Puy-de-Dôme), entre Laqueuille, Rochefort-Montagne et Gelles.
  • Extension historique : Monts Dores, Monts du Forez, Corrèze, Haute-Loire, Ambert (Livradois).
  • Aujourd’hui : Présente dans d’autres départements grâce à des éleveurs passionnés :
    • Creuse, Dordogne, Loire, Haute-Loire, Ariège, Sarthe.
 
La Ferrandaise dans la culture
  • Symbolique : Intimement associée à l’élevage dans le Puy-de-Dôme et aux fromages d’Auvergne (Fourme d’Ambert, Saint-Nectaire).
  • Événements :
    • 2005 : Rassemblement à Monestier (62 animaux, 16 élevages).
    • 2010 : Fête de la Ferrandaise à Montferrand (36 animaux, découverte pour les citadins).
    • 2009 : Participation aux « Fourmofolies » (manifestation autour de la Fourme d’Ambert).
    • Sommet de l’Élevage (Cournon-d’Auvergne) : Présence annuelle.
  • Spectacle : « Vachement belle », seul-en-scène de Véronique Blot (créé à partir de collectages auprès d’éleveurs auvergnats).
  • Gastronomie : Un restaurant parisien (rue de Vaugirard) porte son nom et est spécialisé dans la viande de Ferrandaise. Il a été élu « Meilleur Bistrot Parisien » par le guide Lebey en 2006.
 
Enjeux actuels
  • Maintien de la race : Éviter la consanguinité dans une population encore limitée.
  • Valorisation économique :
    • Fromages : Fourme d’Ambert, Saint-Nectaire (potentiel à développer).
    • Viande : Qualité reconnue (veaux, vaches de réforme).
  • Adaptation aux défis modernes :
    • Systèmes d’élevage traditionnels (transhumance, rusticité).
    • Circuits courts et vente directe.
  • Préservation du patrimoine :
    • Race emblématique de l’Auvergne.
    • Symbole de la résistance des éleveurs face à la disparition des races locales.