Origine de la race

La Bordelaise est une race bovine laitière très ancienne du Sud-Ouest de la France, plus précisément de l’ancienne Guyenne et du Bordelais

Ses premières mentions remontent à 1840, et elle est citée dans de nombreux ouvrages de zootechnie du XIXe et début XXe siècle.

Hypothèses sur ses origines

  • Rameau celtique : Introduite par les Anglais pendant la guerre de Cent Ans.
  • Influence hollandaise : Au XVIIe siècle, des Hollandais venus assécher les zones marécageuses des bords de Gironde et Dordogne auraient apporté des animaux des régions plus nordiques.
  • Parenté avec les races irlandaises : Évoquée par Sanson en 1878 (méthode d’identification craniologique).

Traditionnellement, elle était élevée dans les palus de la Gironde (zones humides entre la rivière et les coteaux viticoles) et fournissait Bordeaux en lait et beurre.

Apogée et diversité

Au XIXe siècle, la Bordelaise était la race laitière la plus abondante et représentée dans tout le Sud-Ouest (Gironde, Basses-Pyrénées, Landes, Lot-et-Garonne, Charentes, Dordogne), avec au moins 100 000 vaches, dont 40 000 en Gironde.

Deux types de robes coexistaient :

  • Bayret (ou Beyrette) : Pie noire à larges taches, majoritaire et meilleure laitière, abondante dans toutes les fermes.
  • Pigaillée : Robe finement mouchetée, préférée des propriétaires de châteaux viticoles (ex. : Château Giscours), mais minoritaire.

En 1899, un herd-book est créé, mais il ne prend en compte que les animaux à robe pigaillée, ignorant les Bayret, pourtant majoritaires. Ce herd-book n’a eu qu’un impact limité (moins de 800 animaux inscrits), mais a contribué à la renommée de la race dans les concours agricoles (Salon de Paris).

 
Déclin
  • Entre les deux guerres mondiales : La race commence à décliner fortement en raison de la concurrence avec des races étrangères (comme la Frisonne) et de la sélection esthétique (robe pigaillée) qui a réduit la production laitière.
  • Après la Seconde Guerre mondiale : En 1958, il ne reste que 700 bovins.
  • Années 1960-1970 : La race disparaît presque totalement.

 

Sauvetage et renaissance
  • Dans les années 1980, Régis Ribéreau-Gayon (président du Conservatoire des Races d’Aquitaine) comprend l’importance historique de la robe Bayret dans la population bordelaise. Après des recherches et enquêtes, il découvre, à partir de 1985, plusieurs vaches bordelaises typées réparties dans le Sud-Ouest.

    • 1987 : Lancement d’un programme de conservation par le Conservatoire des Races d’Aquitaine.
    • Années 1990-2000 : Reconstitution de la race avec des animaux Bayret (majoritaires) et quelques Pigaillées.
    • 2000 : Une centaine de vaches.
    • 2018 : 200 vaches.
    • 2024 : 550 vaches et 110 élevages.

    Aujourd’hui, la race est gérée par :

 

Morphologie

La Bordelaise est une vache de taille moyenne avec :

  • Robe pie noire :
    • Tête et membres toujours noirs (différence majeure avec les autres races pie noire).
    • Taches noires localisées sur le dos, le ventre et la partie arrière des flancs.
    • Deux types de robes :
      • Bayret : Larges taches noires (robe des paysans).
      • Pigaillée : Taches finement découpées (robe des châteaux).
  • Mamelle bien formée, souvent blanche rayée de noir ou marbrée, avec des trayons noirs.
  • Vulve et bout de la queue noirs.
  • Tête fine et longue, naseaux et langue noirs.
  • Cornes courtes et foncées.

Il existe aussi des robes rouge froment avec la même répartition que les robes noires.

 

Historique : Une race laitière réputée

  • Lait et beurre réputés : La Bordelaise approvisionnait tous les centres urbains de la région Aquitaine.
  • Adaptation aux zones humides : Palus de la Gironde, landes, sous-bois.

 

Aujourd’hui : Une race mixte

  • Race allaitante : Beaucoup d’éleveurs commercialisent des veaux en vente directe.
  • Race laitière : D’autres produisent du lait, des yaourts et du beurre en système herbager et plein air intégral.

 

Qualités d’élevage

  • Rusticité : Frugale et économe.
  • Valorisation de tous les types de fourrages (prairies naturelles, landes pauvres).
  • Réduction des coûts d’élevage grâce à sa facilité d’entretien.

 

Gestion de la population

  • Programme de conservation : Développement de l’effectif tout en maintenant la variabilité génétique.
  • Suivi précis des familles maternelles et des lignées mâles pour préserver la génétique de la race.
  • 25 à 30 taureaux reproducteurs en monte naturelle.
  • Banque de semence : 15 taureaux disponibles pour l’insémination artificielle.

 

Enjeux actuels

  • Développement des effectifs : 550 vaches en 2024 (contre 100 dans les années 2000).
  • Diversification des systèmes d’élevage : Allaitant (vente de veaux) et laitier (production fromagère).
  • Préservation du patrimoine génétique : Maintien des deux types de robes (Bayret et Pigaillée).
  • Valorisation économique : Circuits courts, produits laitiers, viande de qualité.

 

La Bordelaise dans la culture locale

La Bordelaise est un symbole du patrimoine agricole aquitain. Son sauvetage et sa renaissance illustrent l’importance de la préservation des races locales et de la biodiversité domestique. Elle incarne également la résilience des éleveurs face à la disparition des races traditionnelles.