Origine de la race et légendes associées

La Bretonne Pie Noir (BPN) est une race bovine française autochtone, définie à la fin du XIXe siècle

Elle est constituée de petits bovins bretons partageant une robe pie noir

Sous le Second Empire, elle était la race bovine la plus répandue en France, exportée dans tout le pays et même à l’étranger. 

Son herd-book a été créé en 1884, mais son déclin au milieu du XXe siècle (années 1950-1975) l’a conduite au bord de l’extinction

 

Grâce à la mobilisation d’éleveurs, notamment Pierre Quéméré (professeur de zootechnie), un plan de sauvegarde a été lancé en 1976, évitant sa disparition.

 

Aujourd’hui, elle est un symbole de l’agriculture familiale et de l’agroécologie.

Des origines anciennes

Avant la Révolution française, le bétail breton était très hétérogène, avec des robes variées (pie rouge, pie noir).

En 1789, M. de Francourt décrit la Bretonne comme « très-petite », avec une viande de qualité, mais peu productive en lait ou en cuir.

Au XIXe siècle, l’État encourage l’élevage, et la Bretonne Pie Noir devient la race la plus nombreuse en Bretagne, avec plus de 700 000 têtes en 1900.

 

Création du herd-book et déclin

Le herd-book est créé en 1884-1885 à Vannes, avec des critères stricts (robe pie noir uniquement).

En 1900, elle est présente dans 54 départements français.

Cependant, son déclin commence dans les années 1950 avec l’arrivée de races plus productives comme la Prim’Holstein et la Normande.

En 1975, il ne reste que 15 000 femelles, et l’extinction est prédite pour 1980.

 

Sauvegarde et renouveau

En 1976, un programme de sauvegarde est lancé avec 46 éleveurs et 277 vaches.

En 1993, la marque « Gwell » est créée pour valoriser le lait fermenté traditionnel breton (laezh téo).

En 2003, un nouveau programme génétique est adopté pour limiter la consanguinité.

Aujourd’hui, la race compte environ 2 500 femelles élevées par 450 éleveurs, dont 70 professionnels.

Elle est reconnue officiellement comme race mixte (lait et viande) depuis 2016.

 

Morphologie

La Bretonne Pie Noir est la plus petite race bovine française :

  • Femelles : 117 cm au garrot, 350 à 450 kg.
  • Mâles : 123 cm au garrot, 550 à 750 kg.

Caractéristiques morphologiques :

  • Tête petite et fine, avec un profil rectiligne, un front et des naseaux étroits.
  • Encolure mince.
  • Cornes en lyre ou croissant, blanches avec des pointes sombres.
  • Tronc long, poitrine profonde, bassin large, croupe horizontale.
  • Queue large et fine, sans forme de crosse.
  • Robe pie noir (noire et blanche), avec des démarcations nettes. Plus rarement, des robes pie gris (glazik en breton) ou pie rouge existent.
  • Muqueuses noires.

 

Une race mixte : lait et viande

Historiquement orientée laitière et beurrière, la Bretonne Pie Noir est aujourd’hui une race mixte (lait et viande). Ses qualités incluent :

  • Facilité de vêlage (sans assistance).
  • Rusticité : résistance aux maladies, aux amplitudes thermiques, et longévité (jusqu’à 20 ans, contre 6 ans en moyenne pour la Prim’Holstein).
  • Adaptation aux terres pauvres et aux systèmes d’élevage économes (herbagers, foin, betteraves, chou).
  • Fertilité élevée et précocité sexuelle.

 

Lait et produits laitiers

  • Production laitière : 3 070 kg par lactation.
  • Lait riche :
    • Taux butyreux : 44 g/l (plus élevé que la Prim’Holstein et la Normande).
    • Taux protéique : 34 g/l.
    • Riche en acides gras essentiels et plus digeste.
  • Fromageabilité : Idéal pour la fabrication de fromages, beurre, crème, lait ribot, yaourts, et gros lait (laezh téo).
  • Marque « Gwell » : Lait fermenté traditionnel breton, premier produit laitier breton en cours de demande d’AOP.

 

Viande

Sa viande est réputée pour être :

  • Savoureuse, juteuse, tendre et persillée, avec de bons acides gras.
  • Alimentation à l’herbe et au foin : donne une saveur typique (odeur de grillé et d’herbe).
  • Carcasse de petit gabarit : facilite la découpe et la vente directe.

 

Sélection et conservation

L’Union des Éleveurs de Bretonne Pie Noir (UBPN) gère la sélection et la conservation de la race. Les actions incluent :

  • Plan de sauvegarde génétique : accouplements raisonnés pour limiter la consanguinité.
  • Insémination artificielle : Un taureau est choisi pour conserver les lignées.
  • Reconnaissance officielle : Race mixte depuis 2016.

 

Éleveurs et agroécologie

Les éleveurs de Bretonne Pie Noir sont souvent :

  • Des professionnels (70 % en Bretagne) ou des amateurs (retraités, pluriactifs).
  • Engagés dans l’agroécologie : circuits courts, vente directe, agriculture biologique (50 % des élevages).
  • Militants pour la préservation des races locales et des systèmes d’élevage traditionnels.
  • Producteurs de produits transformés (fromages, beurre, yaourts).
 

Diffusion et influence

En France

  • Berceau : Sud-Finistère et Morbihan.
  • Répartition actuelle : 2 500 femelles (2020), 450 éleveurs (dont 70 professionnels).
  • Préservation : Écomusée de la Bintinais (près de Rennes).

À l’étranger
Historiquement exportée vers :

  • Europe : Grande-Bretagne (la reine Victoria a reçu un taureau et une vache en 1856), Italie, Espagne, Portugal, Yougoslavie.
  • Amérique : Brésil, Chili.
  • Afrique : Madagascar, Maroc, Algérie, La Réunion.
  • Asie : Empire colonial français.

La Bretonne Pie Noir a influencé d’autres races :

  • Bordelaise.
  • Pie Noir de Meknès (Maroc).
  • Canadienne.

 

La Bretonne Pie Noir dans la culture

  • Représentations artistiques :
    • Tableau Vache bretonne (1830) de Jacques Raymond Brascassat.
    • Illustration dans Le Tour de la France par deux enfants (G. Bruno, 1904).
  • Événements :
    • Salon International de l’Agriculture 2017 et 2022 : Fine, une Bretonne Pie Noir, en a été l’égérie.
    • Exposition « Races bretonnes : une histoire bien vivante » (2023, Écomusée de la Bintinais).
  • Symbole : Représente l’agriculture traditionnelle bretonne et la résistance des races locales.
 

Enjeux actuels

  • Préservation : Malgré sa ré-adoption en Bretagne, elle reste une race à faible effectif (75 % des bovins bretons sont des Prim’Holstein).
  • Valorisation : Circuits courts, produits laitiers transformés, viande de qualité.
  • Recherche : Études sur ses qualités nutritionnelles (lait et viande) menées par l’INRAE (2022).
  • Défis : Concurrence des races industrielles, maintien de la diversité génétique.